Être

Peut-on toujours prendre de la distance ?

En ce moment, cette phrase revient souvent vers moi : « Je ne comprends pas que tu te laisses toucher par çà et que tu n’arrives pas à prendre du recul ». Merci aux personnes qui me l’adressent car elle me permet de faire le point sur tout ce qui s’est passé depuis quelques temps et qui me fragilise.

Le début de l’année a commencé avec le stage de reconversion de ma fille qui est en situation de handicap du fait de la sclérose en plaques qui s’est déclarée chez elle. L’année dernière avait été très difficile parce que j’ai crû la perdre et en ce début 2019, elle a commencé jusqu’à fin avril un stage de reconversion pour savoir vers quelle direction elle pouvait aller et comment y aller. Ce stage l’a beaucoup bouleversée émotionnellement et dans toute la structure de son être. Cela continue car c’est un travail de fond qui ne se fait pas en un claquement de doigts. J’ai été là à chaque moment où elle en a eu besoin et je le serai encore. D’autant plus que l’accompagnement qu’elle a eue était loin d’être extraordinaire. Toutefois elle a réussi à dégager une voie qui lui correspond mais elle n’est pas encore au bout. Cela lui demande beaucoup d’énergie et je suis là pour elle tout comme je le serais pour mon fils. Dans cette démarche, nous vivons tous des incertitudes et nous côtoyons l’inconnu en permanence. Cela se fait sur des strates différentes en fonction d’elle, de son conjoint et de nous. Sans compter qu’en ce moment, elle se rend compte qu’elle a eu une équipe de branquignols absolument pas professionnels et qu’elle doit à nouveau batailler pour aller vers sa formation. Etant dans l’accompagnement pro, je ne vous dis pas comment ça me met aussi en rogne de voir que des structures continuent à s’en mettre plein les poches au détriment des personnes qu’elles accueillent. Les gens qui y bossent justifient leurs salaires en faisant n’importe quoi du moment où ça rentre dans des stats.

Sur cette situation qui est loin d’être confortable et satisfaisante, j’ai reçu un uppercut quand j’ai appris l’estimation de l’endroit où nous vivons. Elle ne correspond pas à ce qu’il nous faut pour repartir ailleurs. Sur le plan émotionnel, cela a été très dur pour moi puisque j’ai entendu que je vais sûrement devoir rester dans une région où je ne me plais pas forcément. A partir de cette information qui a occasionné une grande tristesse en moi, je suis en ce moment dans un processus de deuil et d’acceptation. Et çà aussi, ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Cela me fragilise beaucoup.

J’ai aussi commencé un travail de détachement concernant mon fils pour que certaines choses ne m’affectent plus et que je puisse avoir avec lui une belle relation sans me prendre la tête de savoir si ça convient à sa copine ou pas.

Je suis aussi revenue à ma pratique méditative telle que je m’y suis engagée depuis quelques années. Je sais que cela vient aussi s’entrechoquer avec tout ce que je vis sur le web depuis quelques années et que ça ne peut pas fonctionner ensemble sauf si je reviens à une forme plus épurée. Voilà pourquoi certaines personnes disparaissent de mon entourage.

Alors, peut-on toujours prendre de la distance ?

NON dans le sens où je suis un être humain comme tout le monde et que je suis fragilisée par un tas de choses en ce moment. Des choses que j’ai à traverser comme tout à chacun et où j’ai à comprendre et à entendre pour évoluer encore et encore sans rien ne mettre sur le dos de personne.

Je me positionne, je me protège et j’observe. Je vois que dans ce tumulte mon corps réagit à toute forme d’agressivité, qu’elle soit verbale ou comportementale. La gorge se noue, le plexus me fait mal et une tension s’installe dans les épaules et la nuque. C’est le signal du trop, de la saturation et où j’entends très distinctement : « Laissez-moi tranquille et foutez-moi la paix. »

Dans ces différents deuils que j’ai à faire, je sais que je vais être sans défense. Je vais parfois partir sans m’en rendre compte dans des choses qui ne me correspondent pas. Je vais avoir envie de me retirer, de ne plus répondre et c’est ce que je fais quand je ressens que c’est nécessaire pour moi. Je peux paraître instable aussi. Cela fait partie du deuil. Les émotions sont en dents de scie.

Alors je fais au mieux et je suis aussi bien entourée par des amies qui me soutiennent et qui peuvent comprendre car, elles-mêmes ont traversé ce couloir-là.

Je n’ai pas à m’excuser de cette instabilité parce que je n’y peux rien. Je n’ai pas à me sentir coupable et je peux comprendre que ça peut être déroutant pour certaines personnes. Mais quand elles traverseront cette expérience, elles comprendront.

Il y a des moments dans la vie où nous ne pouvons pas nous distancier tellement nous sommes dans un état de fragilité extrême et que nous absorbons tout sur notre passage. Le bon tout comme le négatif. A ce moment-là, il devient compliqué de faire la part des choses et même si nous le faisons, nous n’avons pas envie de justifier, de répondre, d’argumenter et de nous épuiser en vain à convaincre des gens qui ne veulent rien entendre.

Le temps du deuil est un processus à respecter et le temps a son importance. Et au milieu de tout cela, il y a la vie qui continue.

Je vous souhaite une belle journée