Changement de cap,  Couple,  Être

Pendant 17 ans, j’ai cru pouvoir faire changer la relation

Ce n’est jamais simple de se dévoiler dans l’intime. On prend le risque de casser une belle image de soi ou on a peur aussi du jugement des autres.Pourtant, dans ce qui se joue en ce moment dans ma vie, je ressens le besoin de témoigner de cette croyance qui m’a coûtée 17 ans de vie.

Quand je me suis mise en couple, j’avais 18 ans. Mariée à 19 ans et premier bébé à 21 ans. C’est là que l’histoire a vraiment commencé : à mes 21 ans quand mon fils est né. Ce bébé,nous en avions parlé à deux, c’était un choix commun. Pourtant, dès sa naissance, mon ex-mari a changé. Il voulait une fille et nous avons eu un petit garçon. Pas très grave me direz-vous. Quand on a envie d’avoir un enfant, qu’il soit fille ou garçon on l’accueille et on l’aime quand même. Eh bien non ! Je vous avoue que je ne sais pas si cet enfant a été aimé de son père car il s’est mis en retrait d’un seul coup.

J’ai supporté les contractions seule et j’ai aussi accouché seule. Moi et mon fils. Quand son père est venu à la maternité, il ne voulait même pas le prendre.

A partir de ce jour-là, tout le couple a basculé. Là où nous étions bien ensemble et où nous aurions pu l’être encore avec ce petit être, il ne se passait plus rien. Juste du quotidien et une routine où nous nous efforcions de jouer au couple heureux et où je m’occupais de mon fils seule. Un affectif absent, une relation cassée où je me disais que ce n’était que passager et que tout allait rentrer dans l’ordre bientôt.

Nous nous sommes installés dans cette forme de relation en croyant que c’était normal et nous avons eu un deuxième enfant. Là aussi, j’ai vécu ma grossesse seule, ma maman est venue à l’accouchement et lui, il surveillait les plages dans le cadre de son métier. Pas un coup de fil, pas un signe, j’ai accueilli mon bébé avec sérénité et mon ex-mari semblait plus heureux d’avoir enfin ce qu’il espérait.

Toutefois, le couple n’était toujours pas au beau fixe et je lui en parlais. Sa seule réponse était un silence froid avec un visage fermé. Malgré mon désir de communiquer pour voir comment nous pourrions faire évoluer les choses autrement, il me faisait comprendre à sa façon qu’il n’y avait rien à en dire.

Pendant 17 ans, j’ai cru que je pouvais sauver ma relation avec lui. J’y ai laissé une énergie phénoménale à parler, à aller vers lui, à essayer que ça fonctionne, à lancer des perches, à essayer de comprendre. J’ai même fait venir ses parents pour savoir ce qui n’allait pas, comment il avait été élevé, si ça avait toujours été comme cela. J’ai discuté avec mes parents aussi pour avoir leur avis et prendre des conseils.

Cette relation était un vraie ascenseur émotionnel. Il me faisait croire que tout allait bien pendant trois semaines pour à nouveau rechuter. Il faillait que je recommence tout, discussions et propositions. Cela remontait à nouveau et rechutait. Je vivais des émotions d’espoir et de joie pour ensuite être dans la souffrance la plus totale où je ne comprenais plus rien. J’ai vécu cela pendant au moins 10 années, à croire que par mes seules ressources, je pouvais porter cette relation à bout de bras et la sauver.

J’ai fait cela parce qu’à ce moment-là, je n’avais pas la connaissance. Cette connaissance de soi que j’ai découvert dans ma thérapie pendant un an. Je me souviens que je disais à la thérapeute qui m’accompagnait que j’aimais cet homme et qu’il était l’homme de ma vie. C’était une évidence pour moi et il ne pouvait pas en être autrement. Jusqu’au jour où….

Jusqu’au jour où elle me donna un exercice à faire. Il était tout simple en apparence. Je devais séparer une feuille en deux colonnes. D’un côté, je devais noter ce que je partageais avec lui et de l’autre ce que je faisais seule. Cet exercice fut un déclic pour moi. En remplissant cette feuille, la colonne de ce que je faisais seule n’arrêtait pas de se remplir alors que je n’avais écris que trois phrases dans l’autre colonne. Ce jour-là, j’ai entendu en moi que c’était loin d’être l’homme de ma vie.

Puis il y eut la période où il me dit qu’il irait chez un thérapeute à son tour. J’y croyais encore. A nouveau, il me berçait de douces paroles avec pour résultat deux entretiens chez le thérapeute et il faisait croire qu’il y allait alors qu’il avait arrêté. Douche froide assurée et il s’en fichait totalement. De sa part, je ne voyais aucune réaction, presque de l’amusement.

Enfin, ce jour sur le balcon où nous étions assis à côté l’un de l’autre et où à un questionnement de ma part il m’a répondu : » De toute façon, je n’ai pas l’intention de changer ». A ce moment-là, j’ai senti s’abattre sur moi tout le poids de ces années passées à essayer de construire là où lui n’avait pas envie de le faire. J’ai pleuré, mon corps me faisait mal comme s’il avait été roué de coups et j’entendais enfin en moi que je devais partir et que la route avec lui était finie.

Ce qui m’a aidée à sortir de cette relation, c’est mon travail personnel où j’ai compris que je n’avais pas le pouvoir d’agir chez l’autre ni pour l’autre. J’ai compris qu’il avait son histoire et que s’il ne voulait pas aller la pacifier, je ne pouvais le faire que pour la mienne.

J’ai compris qu’aimer une personne ne suffit pas pour que tout aille bien. Construire un couple va bien au-delà de l’amour. C’est un chemin qui se fait à deux. Un deux qui ne s’appuie pas sur des vides ou des manques affectifs. Quand je suis partie, il m’a enfin dit que la naissance d’un garçon lui avait enlevé sa place et que je l’avais abandonné. C’est là que j’ai compris qu’il attendait de moi l’attention d’une mère et non d’une femme.

Il n’a jamais voulu se remettre en question ni en parler. Il préférait fuir dans le sport et dans ses déplacements professionnels. C’était plus simple pour lui qu’aller se confronter à son histoire de vie.

J’ai cru que je pouvais l’aider et j’ai compris avec ma thérapie que l’on ne peut pas aider une personne qui ne le souhaite pas. Et même si elle le souhaite, le conjoint ne peut pas faire office de soignant, c’est impossible. Cela passe par une écoute neutre avec une personne dont c’est le métier.

Pendant 17 ans, je suis restée dans une relation pathogène. J’avais des migraines et des crises de colite à pleurer. Je n’arrivais pas à perdre du poids. Bizarrement, une fois partie, mon corps a fondu sans que je change quoi que ce soit dans mon alimentation et je n’avais plus mal nulle part.

Je me maltraitais sans le savoir, à rester dans une relation maltraitante. Je ne voulais pas partir pour mes enfants mais ce n’était pas la solution. Je ne voulais pas partir non plus à cause de mon confort matériel. Parce que c’est çà qui m’a sauté à la figure. J’étais capable de dire que j’avais encore des sentiments pour cet homme alors que ce qui me faisait peur c’était de perdre mon confort matériel. J’ai vu ce qui se cachait derrière mes belles paroles. Je me voilais la face parce que j’avais peur de perdre. Quand j’ai été confrontée à cette réalité, je n’étais pas fière mais j’ai accepté de la regarder et de l’entendre.

A partir de cet état des lieux que je faisais chez moi et non plus chez l’autre, l’évidence s’est faite rapidement. Il fallait que je parte, je n’éprouvais plus rien dans cette relation et j’en avais assez de souffrir inutilement pour quelqu’un qui ne bougeait pas et n’en avait pas l’intention.

Oui, aimer ne suffit pas pour être en relation. Et quand je suis dans une relation bancale, qu’est-ce que j’aime ? Est-ce que j’aime souffrir ? Est-ce que j’aime ma vie ? Est-ce la vie que j’ai envie de continuer à vivre ?

Quand vais-je arrêter de me tourner vers l’autre pour me tourner vers moi ? Quand vais-je remettre cet amour à sa vraie place : chez moi et non vers l’autre ? Quand vais-je m’aimer et me respecter suffisamment pour dire STOP et mettre fin à cette relation que j’entretiens avec moi depuis si longtemps : une relation de désamour au point de me détruire et de me faire souffrir.

Cette relation, je l’ai vécue par méconnaissance de moi, avec des croyances complètement erronées.

Aujourd’hui, dans ce que je vis, cela n’a plus rien à voir parce que je sais. Et je n’aborde plus les choses de la même façon.

Ne perdez pas votre temps à essayer de comprendre ou à croire et espérer qu’un jour cela changera. Le seul endroit où cela peut changer, c’est en vous, nulle part ailleurs.

A tout bientôt,