Entrepreneuriat

Le diktat de l’entrepreneuriat

Le lâcher-prise demande à regarder les choses en face quel que soit le domaine de notre vie. Pour me libérer de cette forme d’entrepreneuriat qui ne me convient plus, j’ai observé pourquoi je ne pouvais plus y rester.

J’ai hésité à faire paraître cet article. Peur d’être jugée, peur que ça se retourne contre moi, peur d’enquiquiner les gens avec ma façon de voir les choses et bien d’autres peurs encore…

Pourtant, je me suis dit que si je laissais toutes ces peurs me gagner et me paralyser, je ne m’exprimerai jamais réellement. J’ai aussi pensé à toutes ces personnes, notamment des femmes, à qui l’on fait croire à tours de bras qu’elles peuvent entreprendre et qu’il y a juste à oser.

A toutes ces femmes qui se jettent à corps perdu dans l’entrepreneuriat parce qu’on ne leur montre que la part visible de l’iceberg. elles ne voient que le rire, les paillettes et on leur dit qu’elles peuvent y arriver.

j’ai pensé à toutes celles qui vont se ramasser la figure parce qu’elles brûlent les étapes. Des étapes de bon sens qui ne sont pas juste reliées à du développement personnel, à la loi de l’attraction ou à une spiritualité quelconque.

Je me suis dit que, même si cela doit déranger certaines personnes et se retourner contre moi, cela vaut le coup pour les autres. Pour cette majorité de gens en souffrance qui croient que l’entrepreneuriat est la solution à tous leurs problèmes.

Bonne lecture

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Pourquoi le diktat de l’entrepreneuriat ?

Tout simplement parce que la majorité de ce que l’on voit sur le web n’est qu’une avalanche de profils et de propositions plus alléchantes les unes que les autres. Celui ou celle qui séduira le plus va monter dans les starting-blocks, avoir sa colonie de fans et va se mouler dans une personna créée de toutes pièces : « Regardez où je vis, regardez comme je vis, suivez-moi et vous connaîtrez enfin le bonheur ! Il suffit juste de le vouloir. »

Et lorsque vous allez vérifier ce qu’il y a derrière, vous vous rendez compte le plus souvent que la photo et son contenu ne correspondent pas à la marchandise annoncée 🙂

Quand on devient entrepreneur et que l’on suit tout cela, on entre dans la peau d’un personnage. Nous montrons notre plus beau profil. Nous apprenons à nous tenir sur scène, à respirer, à placer nos mots et à sourire. Il est formellement interdit de montrer la face cachée de la lune où vous savez que vous ramez pour vendre et que c’est loin d’être le tableau idéal que vous brossez.

Dites-moi combien d’entrepreneurs toutes catégories confondues vous disent qu’ils ne vivent pas de leur activité ou si peu ? Mais enfin ! ça ne fait pas vendre et ça n’attire personne ! Tout çà, on s’en fiche ! Sauf que… en laissant paraître que c’est merveilleux, que l’on est libre comme l’air et que vous aussi vous pouvez y arriver, on vous ment pour que vous achetiez des formations où vous atteindrez le Nirvana. Le même paradis que vous vante celui ou celle qui rame et qui l’a soi-disant atteint.

Il y a ce qui est montré et ce qui existe réellement. On ne vous fera voir que la devanture de la vitrine où vous avez l’impression que c’est cool et que l’on peut danser dans son salon en pyjama. J’ai été accompagnée par une coach qui vantait l’audace et la confiance dans la cool-attitude. Je me suis très vite heurtée à son besoin de contrôle et son autoritarisme quand j’ai commencé à discuter avec d’autres femmes qu’elle suivait parce qu’elle avait peur que je lui vole ses clientes.

Nous voulons souvent nous inspirer et ressembler à cet(te) entrepreneur(e) qui a pignon sur rue parce qu’il ou elle vous fascine. Vous projetez tout simplement vos manques sur ce personnage. Des manques que vous allez combler seulement si vous faites un travail sur vous-même et non en adulant quelqu’un qui, au final, est totalement imparfait, comme tout le monde.

Il y a tellement de personnes en souffrance aujourd’hui et en manque de reconnaissance qu’elles s’engouffrent dans la jungle de l’entrepreneuriat, attirées par le chant des sirènes.

Dans ce catalogue entrepreneurial, les mots sont choisis, le message est travaillé et le personnage prend forme petit à petit. On finit par y croire et lui aussi.

Enfermé dans sa représentation dans la journée, il retourne à ses occupations le soir. La « grande XX » et le « célèbre YY » redeviennent comme vous et moi : ils pètent sous la couette, se décrottent le nez et puent des pieds.

Oui.. je sais… vu comme cela, ça fait moins glamour mais quand vous sortez de votre personnage apprêté, c’est bien cela qu’il y a en-dessous : une enveloppe bien ordinaire. Mais à vous, on vous montre seulement la réussite en omettant les moments de galère et le physique au saut du lit. Sauf si c’est vendeur, on se filme en pyjama ou en train de manger pour se sentir plus intimes.

Que ce soit sur Instagram, Facebook ou autre, regardez ces magnifiques photos affichées de l’entrepreneur heureux ! Il saute de joie, il sourit tout le temps, il est bien habillé, il a des chaussures qui claquent, il voyage souvent, il parle sur scène et il se fait ses selfies conférences. Il se filme par beau-temps. Vous remarquerez qu’il ne fait jamais un temps pourri, ça ne fait pas vendre.

Il se photographie sous tous les angles : à la plage, en train d’écrire ou de lire, en pleine action, avec ses amis, sa famille, ses clients, en train de faire du sport, dans les îles (le HLM ça l’fait moins), au soleil, avec une énergie du feu de Dieu . Et tout le monde a la patate, cela va de soi.

Il vous parle souvent de l’ego de façon spirituelle en continuant à développer le sien de façon phénoménale. Marketing spirituel oblige 😉

Ces entrepreneurs se ressemblent tellement que vous ne savez plus lequel choisir pour vous accompagner dans votre grande épopée de création d’entreprise. Parce que, c’est évident, c’est avec tous ces entrepreneurs épanouis et riches que vous avez envie de foncer. S’il est suivi par une communauté de milliers de followers, il ne peut qu’être une pointure dans ce qu’il annonce. Et le but c’est que vous vous disiez cela. D’ailleurs, ça marche. C’est normal. Je suis passée par là. J’ai fait tout ce parcours grand-guignolesque en croyant que c’était l’unique voie de salut.

Sans m’en rendre compte, je suis rentrée dans ce personnage qui s’est donné un rôle. Mais je me suis aperçue que ça sonnait faux pour ensuite basculer dans la mode de l’alignement et de l’authenticité. Sauf que les mots ne font pas tout, l’Univers non plus et encore moins les anges et la loi de l’attraction. Nous avons tous un chemin à prendre et il n’est en rien calqué sur celui du voisin ou de tout ce que l’on peut voir sur le web.

Tout comme vous, j’ai été attirée par le chant des sirènes et deux accompagnements et plusieurs formations plus tard, rien n’a changé. C’était sympa mais personne n’est venu me déranger en me posant certaines questions ou en me disant vraiment les choses. Pourtant, c’est cela l’accompagnement de projet. Ce n’est pas être pote avec tout le monde pour être bien vu(e), c’est vérifier un projet et regarder s’il est viable ou pas. Je connais. C’est mon métier.

Et puis tout le monde s’aime dans l’entrepreneuriat même si on ne se connait pas vraiment. Vous rentrez dans une famille et vous pataugez dedans. Vous avez besoin de reconnaissance, de légitimité et vous êtes en recherche de bonheur et de réussite. J’ai vécu cela aussi. Alors… vous suivez tout et n’importe quoi. Et surtout n’importe qui, ceux et celles qui font le plus de bruit à grands coups de marketing, qui pourraient vous faire toucher le St Graal et qui vous parlent affectueusement. Allez zouuu, venez tous, ici on est comme à la maison et je vous aime <3

Séduction, surenchère, hypocrisie, manipulation, je ne veux plus de cet entrepreneuriat pour moi, ni fonctionner là-dedans.

Il y a très peu de personnes qui vivent de leur activité et on ne vous le dit jamais. On préfère vous faire croire que votre idée est géniale (premier hameçonnage) et qu’il faut passer à l’action (avec eux bien sûr) car ça va forcément fonctionner. C’est faux. Dans les deux accompagnements que j’ai pris, personne n’a à un seul moment vérifié mon projet. Et je vois des cohortes de femmes qui foncent dans la création d’entreprise sans avoir vérifié leur projet. C’est une hérésie. Je le fais systématiquement dans tout désir de création et quand l’activité végète. Mais je reviendrai là-dessus plus tard.

Je sais aussi que l’on ne peut pas démarrer ni continuer sans un matelas financier à côté. Peu d’entrepreneurs vous parlent du job salarié qui leur maintient la tête hors de l’eau. Parce que vous ne démarrez pas sur les chapeaux de roues en claquant des doigts avec une belle idée. La plupart des soloentrepreneurs ont une activité à côté, un conjoint qui assure le quotidien, des aides sociales ou de Pôle Emploi. Certains ont aussi un capital hérité ou ont bien négocié leur rupture de contrat et ils ont de quoi voir venir.

Personne ne vous dit cela. Vous, vous ne voyez que ce que l’on veut vous montrer et vous y croyez. Tout comme dans une relation sentimentale, vous êtes attiré(e) et séduit(e) et vous tombez dans le panneau. La réalité, vous la découvrez bien plus tard. Et vous y aurez laissé bien des plumes dans le grand monde illusoire de l’entrepreneuriat.

Quittez-le et regardez les personnes qui restent autour de vous.Vous verrez que cela se réduira très vite à une peau de chagrin parce qu’il n’y a plus aucun intérêt à être avec vous.

Je tourne donc définitivement le dos à cela. Je n’ai plus envie de relancer, d’attirer et de marketer. J’ai juste envie d’être en relation avec les gens en toute simplicité. Comme avant.

Adieu diktat de l’entrepreneur(e). Merci de m’avoir montré ma voie en ne prenant plus la tienne. Je vide ma fiche, j’enlève ma photo et je supprime mon compte. Je ne conserve plus que de toi le statut.

Amicalement,