Il faut que ça sorte ! Abandon et destruction

Il faut que ça sorte !

C’est ce que m’a dit l’ostéo qui m’accompagne depuis dix ans quand je suis allée le voir avant-hier. Parce que, au milieu de toute cette tempête, j’ai la chance d’avoir rencontré ce thérapeute qui m’écoute vraiment. Et comme il est corse d’origine venu s’installer en Bourgogne, il comprend ce que je lui dis.

Alors avant-hier, quand je suis arrivée devant lui en lui disant que je me demandais si je n’allais pas aller voir le médecin pour qu’il me donne un anti-dépresseur, il a vite compris que ce n’était pas génial. Surtout quand j’ai rajouté que ce n’était pas dans ma nature de prendre ce genre de truc et que là, je ne faisais pas face à une petite dépression saisonnière. De par mes connaissances en énergétique chinoise, je savais que le foie, les poumons et les reins avaient besoin d’un bon coup de main pour remonter la pente. Et il a rajouté que le coeur était aussi blessé.

Au bout d’un peu plus d’une heure, il m’a dit cette phrase : « Il faut que ça sorte ! Tapez dans quelque chose, allez crier quelque part, dansez mais ne gardez rien de tout çà. » Et je savais que mon corps allait dégager ce qui l’encombrait après le travail qu’il avait fait puisque ça a commencé en rentrant de chez lui. Là où je n’arrivais pas à ranger une pièce car je ne savais pas par quel bout la prendre, tout a été évident quand je suis rentrée. J’ai tout dégagé, jeté, trié et rangé.

Et hier soir, après un appel téléphonique de ma fille, j’ai à nouveau été mal. Mal à pleurer, à ressentir à nouveau cette détresse au fond de moi et cette colère aussi. Mal à entendre mon mari m’expliquer des choses que je sais et qui sont évidentes pour lui. Des évidences que j’aimerais ne pas savoir qui concernent la santé de ma fille et ses conséquences sur sa vie.

Mal à nouveau ce matin après m’être endormie à 1h30 la veille où les larmes sortent en flots et la douleur en saccades. Où mon mari me demande ce qui ne va pas et où je m’entends lui répondre que j’ai tellement peur de perdre mes enfants. Pas de les voir partir mais de les voir se détruire depuis 18 ans. Et là il me répond : »Ce n’est pas de ta faute. Remercie ton ex-mari d’avoir abandonné ses gosses. »

C’est là que la colère remonte et les larmes avec.

La bienséance et tout un tas de principes voudraient que je taise ou que je règle çà dans un coin sans faire de bruit pour sauver les apparences. Sauf que la bienséance, je m’en tape et les apparences aussi. Et de toute façon, quand la vie vous demande de dégager une charge de votre corps, elle ne vous dit pas de le faire dans un cadre bien-pensant. Quand votre corps ne peut plus contenir, il vomit et c’est violent. Et quand vous êtes au-dessus de la cuvette à rejeter ce qu’il ne veut pas, vous ne vous demandez pas ce que les autres vont penser de vous. Et bien là, c’est pareil.

Généralement, les gens vous parlent qu’ils ont fait un travail sur eux et vous montrent toujours un aspect lisse et propre de leur personne. Vous les mettez ensuite sur un piédestal parce que vous les admirez. Là, en ce moment, vous assistez à ce qui se passe quand le processus de nettoyage se met en place et je ne me cacherai pas. Sinon, je ne vous en parlerais pas comme cela.

Cela fait 18 ans que je regarde mes enfants se détruire. Moi, leur mère, avec mon coeur et mes tripes de manan, je savais qu’un jour, il y aurait des conséquences à l’abandon de leur géniteur.

Pendant 18 ans, j’ai tenu mon rôle parental, toute seule avec eux. Parce que mon enculé d’ex-mari a fui comme un lâche à St Pierre et Miquelon pour ne plus entendre parler de rien. Pour refaire sa vie et avoir un autre enfant alors qu’il en laissait deux ici. Il s’est barré comme un malpropre, sans explications, juste pour sa pomme et sans se soucier du mal qu’il faisait à ses enfants.

Pour ne pas culpabiliser, il a voulu trouver un emploi à mon fils (c’est volontaire de ma part que je ne dise pas SON fils parce qu’un père ne fait pas çà). Un emploi qui n’en était pas un puisque mon fils n’avait pas de contrat de travail et donc aucune protection sociale. Mais « monsieur » avait besoin de soigner sa culpabilité et croyait qu’il pouvait se racheter en mettant mon fils dans les mains d’un mec plus que douteux. J’ai dû aller voir ce mec pour lui dire de faire un contrat de travail. Quand je suis arrivée ce soir-là, il était accoudé au bar avec mon ex-mari en train de picoler des bières. Et lorsque j’ai demandé à ce que mon fils ait son contrat il a regardé mon ex-mari en lui disant : « Tu as raison, c’est vraiment une conne ! ». Ils étaient livides tous les deux et ont commencé à s’approcher de moi, lui en me disant de sortir de chez lui ou sinon ça allait mal se finir. Je suis sortie de là en larmes, à bout, avec la peur au ventre et c’est une amie qui m’a accueillie chez elle parce que je n’en pouvais plus.

Le lendemain, je suis allée chez mon ex-mari pour lui dire que mon fils ne travaillerait plus là-bas sans contrat de travail. Je lui ai aussi dit que s’il voulait soigner sa culpabilité, que ce ne serait pas de cette façon que ça se passerait. Il est parti dans la cuisine pour revenir dans le salon livide. Il a à nouveau levé le poing pour me frapper comme il l’avait fait une première fois. Là, j’ai vu aussi mon poing se lever parce qu’il était hors de question que je me laisse faire et c’est mon fils qui nous a séparés.

Toute cette violence en gestes, en paroles mais aussi en silences.

Cette année, ma fille m’a dit comment cela s’était passé pour elle. Il l’a plantée froidement en bas de chez une copine en lui disant que c’était la dernière fois qu’elle le voyait parce qu’il partait de la France. Aucune discussion ni préparation. Cet enculé a fait son petit truc dans son coin comme à son habitude, sans rien dire à personne parce que, finalement, ce qui a toujours passé en premier c’est lui. Même ses enfants, il s’en est foutu, comme le reste. Ce qu’il voulait c’est que je paye pour ce que j’avais fait à sa petite personne en décidant de me séparer de lui. Et dans son règlement de compte, il a mis mon fils et ma fille dans le même panier. Il a oublié volontairement qu’il avait des responsabilités parentales mais il s’en foutait. Son petit orgueil de mâle se rebiffait et il savait qu’en foutant le camp à 4500 bornes, j’allais en baver. Il pouvait à nouveau se faire valoir ailleurs et redorer son blason. Parce que, chez les Bec, c’est l’apparence qui compte, hein Jean-Marie ? Il faut faire comme si rien ne s’était passé, c’est ce que tu as dit à mes enfants quand tu les as recontactés pour soi-disant renouer des liens et te donner bonne conscience. Cela ne venait même pas de toi. Tu faisais çà parce que ton autre fils voulait connaître son demi-frère et sa demi-soeur et qu’il ne comprenait pas pourquoi ils étaient absents de ta vie. Sauf que tu n’avais rien à leur dire et que tu ne voulais surtout pas qu’ils te dérangent dans tes bonnes apparences. Et tu n’as pas dit à ton fils que tu avais abandonné tes enfants comme un lâche. Tu lui as sûrement raconté une histoire à ta façon où tu passes pour la victime.

Je n’ai aucune considération pour toi. Regarde bien ce que tu as fait à tes enfants. Depuis dix-huit ans, ils ont mis en place un système interne d’autodestruction. Voilà le résultat de ta haine vis-à-vis de moi, c’est eux qui trinquent.

Depuis dix-huit ans, mon fils s’abrutit dans le shit au point de s’anesthésier pour ne plus rien ressentir. Je le vois se détruire à petits feux et foutre sa vie en l’air parce qu’il a été abandonné comme un moins que rien. Tu lui as fait miroiter qu’il viendrait te voir pour lui dire à trois jours du départ que, finalement, ça ne pouvait pas se faire. Tu lui as fait miroiter que tu lui enverrais des clopes et il n’a jamais rien reçu. Tu n’as tenu aucun de tes engagements vis-à-vis de lui. Il a été de désillusions en désillusions, de souffrances en souffrances où il a engrangé beaucoup de colère en lui, qu’il retourne contre lui et contre sa vie. Alors que ce n’est pas lui le fautif, c’est toi !

Et ma fille qui s’est fourvoyée dans une relation tout simplement parce qu’elle recherchait la reconnaissance d’un père. Qui s’est abimée dans trois avortements et qui s’est blindée au point de devenir dure non seulement vis-à-vis des autres mais surtout envers elle. Je comprends son mécanisme de protection pour ne plus avoir mal parce qu’elle a dû être tellement blessée dans son coeur de petite fille. Elle a dû se sentir tellement seule ce jour-là quand tu lui as dit qu’elle ne te reverrait plus. Et elle ne m’en a pas parlé. Moi non plus, je ne savais pas ce que tu tramais dans ton coin. Comme j’ai eu de la peine quand elle m’a dit cela il y a peu de temps, et quelle colère j’ai ressenti vis-à-vis de toi. Si c’est ce qu’elle porte aussi, je souhaite pour elle qu’elle se dégage de cela.

Il y a presque trois ans, on lui a annoncé qu’elle était malade. La sclérose en plaques, une maladie qui détruit le cerveau et la moelle épinière mais surtout ce sont ses propres défenses qui se retournent contre son corps. Elle s’autodétruit au lieu de se protéger. Comme quelqu’un qui veut mourir et qui le fait de l’intérieur.

Depuis dix-huit ans, je vois mes enfants se maltraiter. Maltraiter leurs corps, leurs sentiments, leurs émotions et faire comme si tout allait bien alors que ça va mal. Je les vois faire des choix qui accentuent leur destruction. Mauvais choix dans les personnes ou les directions qu’ils prennent. C’est le cas pour ma fille qui s’entête à écouter tout le monde autour qui lui dit qu’elle peut faire une formation épuisante et stressante alors que son organisme ne va pas le supporter. Qui me dit qu’elle va en chier mais qu’elle va le faire quand-même. Et moi, je regarde le désastre et je souffre.

Je souffre parce que je n’ai pas envie de perdre mes enfants, de les voir se détruire à cause d’un connard qui n’a pas assumé ses responsabilités, qui n’a construit aucun lien affectif avec eux et qui ne les a pas considéré humainement.

Je souffre de voir mon fils dépendant d’un produit merdique qui détruit sa vie et sa santé.

Je souffre de voir ma fille être dans le déni, vouloir aider les autres alors qu’elle ne s’aide pas elle-même. Je souffre de la voir se débattre dans cette maladie qui vient la faucher en plein dans sa construction de vie. Je suis en colère pour çà et j’ai de la peine aussi pour çà. J’ai tellement eu peur quand elle a été hospitalisée l’année dernière. Elle pouvait mourir. Mais tu t’en fiches royalement, ça ne dérange pas ta petite vie tranquille n’est-ce pas.

Il faut que ça sorte et ça va continuer à sortir.

Vous voyez, en début de semaine, j’ai accueilli deux amies et nous avons passé un moment fort ensemble. L’une d’elles souffrait de l’abandon parce qu’elle ne voulait pas dire ceci ou cela de leur père à ses enfants. Parce que ce n’est pas bien, parce que ceci ou encore cela.

Un enfant, surtout quand il est adulte, est en capacité de penser et aussi d’entendre une discussion d’adulte. Et pour ma part, je ne vais pas leur brosser un portrait de leur « père » différent de ce qu’il est parce que je n’ai rien à préserver. Lui, de son côté, ne nous a pas préservés et surtout eux.

Alors quand un enculé est un enculé, c’est un enculé. Quand une fiotte est une fiotte, c’est une fiotte. Quand un père abandonne ses enfants et qu’il persévère, il n’a aucune excuse. Ce n’est pas un père, c’est un égoïste. C’est même du n’importe quoi quand ce mec qui n’est même pas capable de s’occuper de ses mômes en fait un autre ailleurs. Et encore plus quand il ne comprend pas que son fils puisse avoir la rage vis-à-vis de çà. Pauvre con.

Il n’y a pas d’excuses à trouver à ceux qui vous maltraitent, à ceux qui ne vous considèrent pas ou alors de façon minime, juste pour que vous leur fichiez la paix. Il n’y a pas d’excuses à trouver à toutes ces personnes qui agissent pour leur intérêt et ne se préoccupent pas du vôtre ou si peu. Il n’y a pas à vous remettre en question pour eux ou pour la situation qu’ils génèrent. C’est à eux de se regarder dans une glace et s’ils ne le font pas, de les renvoyer à leurs fonctionnements pervers ou merdiques.

Il y a un moment où il est temps de remettre à l’autre ce qui lui appartient et de ne plus porter la charge qu’il a déposé en vous. Que ce soit quelqu’un de votre famille ou de l’extérieur, c’est la même chose.

Et vous voyez, même si j’ai fait une thérapie, que j’ai travaillé sur mon histoire, que je médite et que je suis bouddhiste, cela ne s’arrête pas là. Le chemin de dégagement et de paix est toujours présent et me rappelle que je ne suis pas arrivée au bout. Parce qu’il n’y a pas de bout.

A tout bientôt,